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Le costume

 

 

 « Lorsque nous regardons les oeuvres successives réalisées par Tadeusz Kantor au Théâtre Cricot 2, on peut se rendre compte de la conséquence de sa « quête » ou plutôt de sa démarche  artistique, en commençant par « Le Retour d’Ulysse » qui annonçait déjà ce qui allait survenir dans les années soixante, jusqu’à son dernier spectacle « Aujourd’hui c’est mon anniversaire ». Dans tous ses spectacles, à l’exception de « La Pieuvre » et du « Cirque », noua avons à faire à des costumes qui se fondent sur l’idée de la « réalité toute prête » ; Kantor y fait  appel aux expériences « néo-dadaïstes », aux possibilités qu’offrent les « objets prêts », « les objets trouvés », ces « objets du rang le plus bas » si appréciés par l’artiste. C’est pourquoi on retrouve chez lui des vêtements presque totalement détruits, des habits en haillons, ou alors des vestes abîmées, des chapeaux-melons, des cylindres retrouvés dans des malles au fond d’un grenier, des jupes déteintes et couvertes de poussière, mais en principe, tous ces objets restent en conformité avec la réalité, avec la vie quotidienne. Cependant, chacun de ces costumes est aliéné d’une manière ou d’une autre. À propos des costumes de Kantor, on pourrait dire exactement la même chose que pour ses objets. Car, en fait, il s’agit de les arracher et de les faire ressortir de leur « assujettissement et de leur relations vitales pour les laisser sans aucun commentaire ». Le costume doit permettre une métamorphose particulière de l’acteur qui devrait « être presque mis à nu, s’exposer à la raillerie et être la risée du public. Un maquillage criard, des formes d’expression propres au cirque, le côté pervers des situations, le penchant pour le scandale, la surprise, le choc, les associations d’idées contraires au bon-sens, une prononciation feinte et artificielle », tout cela doit créer un contraste avec la réalité illusoire, garder son indépendance et son autonomie, son caractère unique et artificiel. L’acteur doit être « anti-actif », il faut qu’il soit exclu et qu’il arrive à « paralyser » la réalité du texte ; il doit « rester en état de végétation » et engendrer des situations gênantes. On pourrait citer encore beaucoup d’autres comportements d’acteur qui ont été formulés ne serait-ce que dans le Manifeste du Théâtre Zéro. C’est ainsi que Kantor percevait la fonction et le rôle du costume dans son théâtre. »
( Piotr Krakowski, Kantorowskie kostiumy [Les costumes de Kantor], fragment du texte du catalogue de l’exposition Tadeusz Kantor  Fantomy realności [Tadeusz Kantor. Les fantômes de la réalité], Cricoteka 1996)

Au Théâtre Cricot 2 le costume était aussi important que l’objet. À partir de certains costumes  Tadeusz Kantor créait des oeuvres d’art tout à fait autonomes (les deux costumes du spectacle Rhinocéros, Burdygiel, Edgar Walpurg – l’homme aux valises, présentés au Musée de l’Art à Łódź). D’autres costumes, utilisés par le Théâtre Cricot 2 (La mineure, L’Oncle Stasio, Déporté) qu’il mettait dans une sorte d’armature, devenaient en fait presque des sculptures. Les collections de la Cricothèque rassemblent actuellement près de 500 costumes qui avaient été réalisés tout au long de l’activité du Théâtre Cricot 2. Dans cette même collection on retrouvera aussi les costumes élaborés par Maria Jarema pour les spectacles La Pieuvre et Le Cirque, ainsi que quelques autres costumes réalisés pour les théâtres officiels. 

 

Rédaction scientifique : Anna Halczak

Traduction par Oskar Hedemann